J’ai le corps en bateau. La coque erre, sans mon contrôle, sans mon consentement. Le reste suit, comme on suit sa maman.
Mes doigts s’engourdissent, comme celles qui ont passé des heures à jouer dans la neige. Sauf que les miennes, elles ne s’amusent pas.
J’ai les pieds lourds comme ceux d’un vieil espagnol qui transporte des briques. Mais je ne transporte rien. Seulement ma carcasse.
L’estomac se fragilise, surpeuplé par la bouffe et la peur. L’estomac des mille désirs, mais aussi des mille remords et désappointements.
Mes veines déjà prédominantes, s’enflent d’avantage, comme celles d’une pauvre couturière du temps des robes et du désir caché. Mais je n’ai jamais fait attention au détail.
J’ai les cheveux tout secs, brisés par le quotidien et le vent froid des jours pareils. On aurait dit une junkie.
J’ai les ongles sales. Peinture, terre, miettes de rien, sont soudées à la cime. Je les ronge tout de même, jusqu’au sang, jusqu’à les oublier. Je ne les vois plus. Ça me fait du bien.
J’ai les bras laids, vieux malgré leur jeunesse. Tombants et avides de caresses. Mais ça ne sert à rien d’espérer.
Mes jambes grosses et molles rappellent le jambon. Les cuire ou les marquer au fer serait apprécié! Soulagement momentané, mais sur lequel on ne crache pas!
Le reste ce n’est rien d’autre qu’un gros amas d’organes en décomposition, d’ossements en carence de calcium. Et de vides empilés, refoulés, dans ce corps déjà bouffi.
Mais le pire, c’est qui je suis.
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